Comment mettre en place un système de suivi de l'Assainissement Total Piloté par la Communauté (ATPC) à l'échelle nationale?

L'accès à l’assainissement est un défi majeur en Mauritanie. Selon le JMP 2019, seulement 22% de la population rurale et 67% de la population urbaine avaient accès à des installations sanitaires améliorées en 2015 (individuellement ou partagées avec d'autres ménages). La défécation à l’air libre (DAL) est particulièrement répandue dans les zones rurales où elle est pratiquée par 61% de la population.

 

Dans le cadre des objectifs de développement durable (ODD), le but de la Mauritanie est de parvenir à la fin de la défécation à l’air libre (FDAL) d'ici 2030 grâce à l'ATPC - une méthode innovante permettant aux communautés de mener leur propre évaluation et analyse de la défécation à l’air libre et de mettre en pratique leurs propres actions pour la fin de la défécation à l’air libre.


Partenaires

UNICEF

Gouvernement de la Mauritanie

Akvo


Localisation

Mauritanie


Secteur

Eau, hygiène et assainissement (EHA)


Services

Conception

Saisie

Interprétation

Action

   


Outils

Akvo Flow

Le défi

La Mauritanie a adopté l’ATPC en 2009. Sous l'impulsion de l'UNICEF, le ministère de la Santé et celui de l'Eau et de l'Assainissement ont aussitôt rejoint l'effort après un essai réussi dans la ville de Rosso. Depuis lors, la direction de l'assainissement pilote la mise en œuvre de l’ATPC dans tout le pays.

 

Bien que l’ATPC ait été mis en œuvre depuis 2009, une évaluation du programme en 2013 a révélé que le système de suivi et d'évaluation (S&E) n'était pas très efficace. Sans la mise en place d’une stratégie ou d’un système de S&E solide, les changements de comportement au sein des communautés ne peuvent pas être suivis efficacement. L'évaluation a montré que la plupart des chiffres des résultats étaient extraits de la base de données du programme de l'UNICEF. Ce qui signifie que l'appropriation du programme par le pays n'était pas assez représentée dans la mise en œuvre et le suivi du programme. En outre, le statut de la défécation à l’air libre utilisé dans le programme était discutable et le travail effectué par le gouvernement ne répondait pas toujours aux normes internationales pour une amélioration des latrines.

 

Alors, la Direction de l'assainissement avait besoin d'un système de S&E plus efficace, permettant de suivre les progrès avec précision, de mieux cibler les communautés qui ont besoin d'un meilleur assainissement et de suivre leurs objectifs par rapport à l’ODD 6.

Le partenariat

L'UNICEF s'est associé à la direction de l'assainissement et à Akvo pour mettre au point un système de suivi. Ensemble, nous avons mis en place le système en nous inspirant de la méthodologie du parcours des données - concevoir, saisir, interpréter et agir - pour assurer la réussite, de la mise en œuvre à la concrétisation de l'impact. Le parcours des données vise à aider les organisations et les gouvernements à concevoir leurs programmes de sorte à pouvoir collecter et interpréter des données fiables à partir desquelles ils pourront agir.
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Concevoir

Avant le début de la collecte de données, Akvo a travaillé avec la direction de l'assainissement dans le but de définir clairement les rôles et les responsabilités de chaque partenaire, les besoins en matière données et les utilisations qui en seront faites dans le cadre du programme.

 

Dans le système précédent, le processus de collecte de données ne répondait pas aux besoins en matière de données, ce qui entraînait une collecte de données inefficace et aberrante. En collaboration avec la direction de l'assainissement et les représentants régionaux (wilahya) de l'eau et de l'assainissement, nous avons redéfini les rôles et le processus en parallèle à l’examination du cadre de suivi des résultats et des indicateurs. Le principe était de veiller à ce que le système de suivi fasse partie des activités de routine de la mise en œuvre afin que le personnel chargé de la collecte de données n'ait pas un double travail et que la marge d'erreur soit réduite au minimum. Un plan de renforcement des capacités a également été mis en œuvre lors de la phase de conception afin de former toutes les parties prenantes à leurs rôles et tâches.

 

Auparavant, le suivi prenait fin dès qu'une communauté était déclarée FDAL. Cela est un risque dans la mesure où les communautés peuvent recommencer à pratiquer la défécation à l'air libre pour des raisons telles qu’une latrine qui s’effondre. Nous avons mis en place une phase de suivi de six mois après la certification FDAL afin de nous assurer qu'une communauté est restée FDAL. Les “wilahyas” étaient responsables de cette phase de suivi; ce qui renforçait ainsi la capacité des comités villageois à réguler l'assainissement et à améliorer la qualité des latrines construites par la population.

 

En Mauritanie, l’ATPC comporte dix (10) étapes dans sa mise en œuvre. Nous avons donc conçu les formulaires d’enquête pour suivre ces étapes et pour assurer un suivi aisé dans le temps - une fois qu'un village ou une communauté était enregistré(e), les personnes chargées de la collecte de données pouvaient repartir à ce même point de données et remplir le formulaire spécifique à l'étape concernée de l’ATPC.

 

Saisir

Comme décrit ci-dessus, de nombreuses parties prenantes ont participé à la collecte de données. Dans l’ancien système, les données étaient d'abord collectées par le personnel des ONG locales. Ensuite, elles étaient saisies dans le fichier Excel de l'UNICEF par les représentants (les wilahya). Cela nécessitait un double travail et occasionnait des erreurs dans la saisie des données.

 

Dans le nouveau système, les ONG collectent les données tout en stimulant la communauté à la pratique de la méthode ATPC, puis les “wilahya” confirment ces données au niveau régional et les envoient au niveau national. Cela signifie que les données n'ont pas à être saisies deux fois et que les “wilahya” peuvent superviser et valider la qualité des données au fur et à mesure qu'elles arrivent.

 

Comme de nombreux acteurs sont impliqués dans la collecte de données, la méthodologie de la formation des formateurs a été choisie - chaque représentant de wilahya a été formé à l'utilisation de l'application de collecte des données lors d'une session de formation nationale. A leur tour, ils ont été chargés de former le personnel de l'ONG dans leur région, avec le soutien de l'administrateur national du système (basé à la Direction de l'assainissement). Avec une formation identique pour tous et l'utilisation du même système, et avec des processus de validation des données mis en œuvre par les parties prenantes, la qualité des données peut être assurée tout au long du processus. Un guide et une présentation ont également été élaborés pour faciliter le processus de transfert de connaissances, si le personnel venait à changer au fil du temps.

 

Depuis 2015, des données ont été collectées de manière continue pour montrer le développement des activités de l’ATPC.

 

Interpréter

À ce stade du programme, Akvo a apporté son assistance pour le nettoyage, l'analyse et la visualisation des données. Avant que les données puissent être interprétées et utilisées, elles devaient être nettoyées pour en garantir la fiabilité. Dans ce programme, le nettoyage des données a été effectué pendant la phase de capture et de compréhension selon les paramètres suivants :

  • La précision - Toutes les données ont-elles le même format ?
  • L’exhaustivité - Tous les résultats sont-ils disponibles ?
  • L’opportunité - Existait-il des données avant la collecte ?
  • La singularité - Y a-t-il des doublons ?
  • La cohérence - Y a-t-il des incohérences temporelles ou spatiales dans les données ?
  • La logique - Y a-t-il des défauts logiques dans les données ?

En raison de la nature complexe de la mise en œuvre de l’ATPC - et des onze différents formulaires associés à chaque point de données (un pour l'inscription, un pour chaque étape de la mise en œuvre de l’ATPC) - avoir le contrôle du nettoyage des données était devenu un challenge pour l'administrateur. Un autre défi était l'implication des régions pour la validation - cela signifiait que le nettoyage des données ne se faisait que lors des visites dans la région, plutôt que de façon régulière.

 

Pour relever ces défis, nous avons décidé de mettre en place une base de données Access - ce qui a permis aux parties prenantes, à tous les niveaux, d’avoir un aperçu des données directement à partir de l'outil de collecte des données. Cela a facilité le nettoyage, l’analyse et la visualisation des données. Une fois les données nettoyées, leur analyse est automatisée afin que la direction de l'assainissement puisse avoir des mises à jour immédiates et régulières sur l'état de la DAL dans les communautés.

 

Agir

En référence au système de suivi mis en place, la direction de l'assainissement était en mesure d'organiser ses ressources en fonction des “wilahyas” qui étaient en retard dans la mise en œuvre. Elle pouvait également identifier les communautés qui risquent de retourner à la défécation à l’air libre - dans ces cas, elle pouvait prendre des mesures préventives telles que la mise en place des activités de sensibilisation.

 

En décembre 2015, la Mauritanie comptait au total 2 443 villages FDAL, soit plus d'un tiers du nombre total des villages composé d’une population de 800 000 - environ 40% - de la population rurale mauritanienne. Sur la base du nouveau système de suivi, la Mauritanie a une meilleure maîtrise de ses progrès pour l’atteinte de l'ODD 6.

Leçons apprises

S'appuyer sur les systèmes existants

Plutôt que de construire un système de suivi entièrement nouveau, il était important d'évaluer ce qui existait déjà et de voir comment l'intégrer dans le nouveau système. Dans le cadre de ce programme, nous avons évalué les efforts actuels du système de suivi, cependant, il aurait été judicieux de commencer par la numérisation du système de suivi existant sur papier. De cette façon, nous aurions pu plus aisément faciliter la compréhension du nouveau système par les parties prenantes avant sa mise en œuvre.

 

Toujours faire une phase pilote avant de passer à l'échelle nationale

Dans notre empressement à vouloir mettre en place un système de suivi national, nous n'avons pas au préalable fait une phase pilote du système. Par conséquent, nous n'avons pas eu une idée précise des besoins en matière de renforcement des capacités au sein de la direction de l'assainissement. Il n'y avait pas non plus d’information sur les technologies et les processus mis en œuvre. Une phase pilote peut aider à s'assurer que cette compréhension mutuelle est établie avant le début du programme.

 

Faire mieux avec peu

Pendant la phase de conception, il était important de commencer avec le moins d'indicateurs possible et de les développer progressivement à partir de ce que l’on avait. Dans ce programme, nous avons pris en compte tous les indicateurs existants du système d'assainissement de la direction de l'assainissement et nous avons supprimé ceux qui n'étaient pas nécessaires dans la phase “Interpréter” du partenariat. La règle «faire mieux avec peu» est particulièrement applicable aux programmes de l’ATPC car chaque étape de l'ATPC a ses propres indicateurs. Les données résultantes peuvent devenir trop nombreuses et difficiles à traiter.

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